L’Église de Ouézy

L'église Saint Aubin et le prieuré de Ouezy

VISITE GUIDEE DE L’EGLISE


L’église Saint-Aubin de Ouézy fait partie du patrimoine osiacien. Découvrez cette magnifique église qui dépendait du prieuré de Ouézy fondé en 1027 par une charte signée Richard II, duc de Normandie (cf. H4 – Le Prieuré).

Saint Aubin, patron de l’église de Ouézy

Saint Aubin est né en 469 dans le diocèse de Vannes (56) dans une famille noble. Très vite, il se tourne vers Dieu et la prière. Il devient évêque d’Angers.

La plus grande qualité de cet évêque est la charité sans bornes pour les malheureux, les prisonniers, les malades, les pauvres (modèle du pasteur chrétien).

Il participe au troisième concile d’Orléans (549) et obtient notamment que les mariages entre les membres d’une même famille soient interdits. Il meurt en 550, à l’âge de 81 ans. Sa fête est célébrée le 1er mars.

L’historique

Une partie de la paroisse de Ouézy passa sous la dépendance de l’abbaye de Jumièges dès le début du XIe siècle. Une charte de Richard II, duc de Normandie, signée à Falaise en 1027, nous renseigne sur les donateurs des prés, bois, eaux, moulins et pêcheries offerts aux moines : il s’agit de trois frères de Ouézy nommés EVRAD, AUBIN et THEORMAR. D’autres bienfaiteurs vinrent immédiatement renforcer le domaine concédé en offrant des terres situées dans des paroisses voisines.

Ainsi l’abbaye de Jumièges établit-elle bientôt un prieuré à Ouézy au cours du XIe siècle dont il reste, attenant à l’église, un bâtiment ruiné qui fut le logis des moines (voir photo de droite ci-dessus).

En ce début du XIe siècle, l’église primitive se trouvait à quelque distance dans la campagne, au lieu-dit « Clos Saint-Pierre », vraisemblablement au hameau des Forges, près du Laizon.

C’est seulement plus tard, au début du XIIe siècle, que les moines firent d’une chapelle dédiée à Saint-Aubin la nouvelle église de la paroisse où elle est restée depuis.

Les deux parties architecturales

En regardant la façade nord de l’église, on différencie bien les deux styles de construction : époque romane et époque gothique.

  • Le chœur (jusqu’aux contreforts) de style roman normand a été classé
    aux monuments historiques le 31 décembre 1914. Il date du XIIe siècle.
  • La nef date du commencement du XIIIe siècle et a subi des remaniements jusqu’au XIXe siècles.

> Approchez-vous de la façade nord pour observer les caractéristiques de l’art roman normand

L’architecture romane normande du chœur

  • Les arcatures. On remarque deux groupes de trois arcatures ornées de zigzags ou bâtons rompus. L’arcature centrale, un peu plus élevée que les deux autres, est percée et sert de fenêtre. Les deux autres sont aveugles. Les colonnettes qui portent les arcatures ont des chapiteaux très allongés garnis de feuillages : deux petits personnages ont été sculptés au milieu de ces chapiteaux.
  • Les modillons. On distingue sous la corniche une tête de lion, une tête de bélier, un personnage mitré, un autre casqué, un roi, deux visages de femmes (têtes jumelées caractérisant la tradition normande), des feuilles d’acanthe ainsi que des figures fantastiques (au Moyen Age, on représentait des figures monstrueuses pour repousser le mal afin qu’il ne rentre pas dans l’édifice ou la maison).
  • L’archivolte (face verticale moulurée d’un arc). Le tympan accueille un décor atypique : un homme couché et dormant. Il représenterait le songe de Jacob (Genèse 28, 12-22) : il fait le rêve d’une échelle qui monte vers le ciel et redescend, et d’anges qui vont et viennent entre le ciel et la terre.
L’homme couché et dormant de la porte latérale de l’église
  • Le chevet (extrémité de l’église, derrière l’autel, au fond du chœur). On y retrouve les mêmes caractéristiques architecturales : les arcatures, les mêmes décors, les contreforts. Remarquable croix du XIIe siècle. Présence d’une meurtrière au-dessus de l’arcature.

L’architecture gothique (et néo-gothique) de la nef

On remarque que les modillons ont disparu, le décor est moins fouillé avec des représentations différentes. Un système dit végétal est adopté.

Les ouvertures sont plus grandes (maîtrise de la poussée des voutes) et les ogives plus pointues (maîtrise de l’ouverture des fenêtres). Désir d’un élan en hauteur (élévation spirituelle). Recherche de la lumière.

Trois exemples de remaniement (voir l’évolution des ouvertures à l’intérieur de l’église) :

  • 1ère arcade du XIIIe siècle ;
  • 2ème plus écrasée du XVIIIe siècle ;
  • 3ème rebouchée et reconstruction d’une fenêtre de forme ogivale au XIXe.

Le porche de l’église

Il date du XIXe. Restauration probable.

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L’intérieur de l’église

Orientation traditionnelle Ouest-Est.

La vue d’ensemble depuis l’entrée de l’église

Chaque pièce de mobilier d’une église n’est pas mise au hasard.

  • L’entrée, espace purgatif ou purificatif. Pour être enfant de Dieu, il faut être baptisé : les fonds baptismaux. Je me signe pour être purifié par l’eau : le bénitier. Je me mets en règle avec Dieu : le confessionnal.
  • La nef, espace prédicatif. Pour connaître Dieu, on m’explique les écritures saintes, j’écoute la parole de Dieu : la chaire d’où le prêtre transmet la parole. Présence en principe d’un symbole du Saint Esprit (colombe, langue de feu) pour montrer que la parole souffle l’Esprit Saint. La chaire de cette église est du XVe siècle.
  • La croix, charnière entre la nef et le chœur : pour sauver les hommes, le Christ est mort sur la croix. On passe sous la croix pour obtenir la rédemption par Jésus avec l’aide des Saints, présents de part et d’autre : la Vierge, à gauche, et Saint Aubin, à droite.
  • Puis on entre dans le chœur : le chevet symbolise le paradis d’où des décors dorés, riches montrant l’opulence. La partie centrale du « paradis » est le tabernacle, présence de Dieu dans l’église.

Le chœur roman : éléments remarquables

  • La voûte : charpente en carène renversée.
  • Les lambris (boiseries) allaient jusqu’au bout. Les bancs d’œuvre. La piscine ou lavabo. On remarquera, à droite de l’autel, une crédence tréflée du XVe siècle.
  • Eléments romans. La porte d’entrée de l’homme couché et dormant : l’archivolte et la fenêtre sont encastrées l’une dans l’autre.

Le retable (fin XVIIe – début XVIIIe)

La mode du retable a été lancée par le concile de Trente (XVIe siècle). Ici, le retable est de style Louis XIV (décors feuillage, fleurs, fruits). Le tabernacle, orné d’un ostensoir, occupe une position centrale.

Il est remarquable pour :

  • Les deux pilastres corinthiens cannelés avec des piédestaux ornés de bas-reliefs qui figurent Saint Pierre (les clés) et Saint Paul (le glaive, symbole de la décapitation) ;
  • Les deux anges (XVIIe siècle) ;
  • Le médaillon, sur la corniche, décoré d’un cœur et du monogramme du Christ, est encadré de palmes et de chérubins ;
  • La toile, réalisation postérieure à l’ensemble.

Cette toile serait une représentation biblique de la Samaritaine (Jean 4, 1-12 ). Présence du puits, du récipient, tableau du XIXe siècle fait dans un style XVIIIe. Pourquoi une toile au milieu du retable ? La toile était un support visuel pour parler de Jésus, pour expliquer les mystères de Dieu (les gens ne savaient pas lire).

En haut du retable, des pots à feu, ici pots à fleurs. Le fronton soutenu par 2 angelots et au milieu, le monogramme du Christ : Jesus Hominum Salvador (Jésus sauveur des hommes). Au-dessus, une corbeille de fruits, symbolisant la prospérité, la profusion. Puis la croix.

L’autel

Toujours surélevé. Trois marches représentant les trois vertus théologales guidant les hommes dans leur rapport au monde et à Dieu. Il s’agit de la foi, l’espérance et la charité. Manque une décoration devant l’autel se rapportant au sacrifice du Christ.

Les vitraux

Ils ont été réalisés en 1871 par le maître verrier GERVAIS et donnés par la comtesse de BONCHAMPS (Marie ANDRE de LA FRESNAYE, 1839-1907). Les vitraux représentent les quatre évangélistes (bible à la main).

Les deux vitraux, derrière le retable, représentent les armoiries de la famille de Marie ANDRE de LA FRESNAYE, originaire de Falaise, et celles de son mari, Jules (1828-1887), comte de BONCHAMPS.

La cloche

Fondue en 1856 par le maître saintier Paul HAVARD, à Villedieu-les-Poêles , la cloche porte l’inscription « j’ai été placée dans ce clocher de Oisy pour appeler les fidèles au service divin ».

Elle a été nommée « Guillemine Emelie » d’après les noms de sa marraine Emelie Cécile Sébastienne de PICOT et de son parrain Guillaume, comte de BONCHAMPS.

LA cloche a été bénite par le curé de Oisy, Pierre Emmanuel Ange VALETTE.

L’harmonium

Il appartenait au peintre local Jules-Louis RAME (1855-1927). Lors de la vente aux enchères du mobilier du peintre à Bayeux, le 27 mars 2016, Monsieur André OUIN, conseiller municipal, et sa famille, ont acheté l’harmonium et en ont fait don à la commune. Il fut remis en état par Monsieur André CHRISTIAN de Airan et Monsieur Joël DUGUEY, maire de Ouézy.

Visite guidée élaborée par Elisabeth METEYER, association O.L.E., et attestée par Christian BOUILLIE, historien et documentaliste
Crédits photos : Elisabeth METEYER
Contributeur : Joël THERAIN, association O.L.E.